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Le choc du “Black Engraving” (cliquer pour voir l'article)

Galerie Roz & Winkler
33, Grande Rue
77630 Barbizon
du 23 mars au 12 avril 2019

Un samedi ensoleillé, plus estival que printanier, à Barbizon. Avec la Rue Grande achalandée de visiteurs et ses quelques terrasses emplies de consommateurs. Côté soleil, la Galerie “L’Angélus”, que j’avais évoquée dans un écho passé lors de sa création, a baissé son store pour limiter l’entrée de la chaleur et de la lumière extérieure. Mais nos pas nous portent un peu plus loin, côté ombre, vers une jeune galerie, généraliste cette fois, avec en vitrine de belles sculptures très tendances et une grande toile aux couleurs vives : la galerie “Roz & Winkler”.

Selon l’invitation reçue, parmi une douzaine d’artistes divers aux créations plastiques variées, deux graveures étaient à l’honneur, découvertes par les galeristes Lila Roz, sculpteure de son état, et Pascal Winkler, grand amateur d’art, lors du dernier Salon des Artistes Français : Françoise Gode, qui prolongeait un séjour commencé lors de l’inauguration du lieu, en début d’année, proposant de grandes et belles tailles d’épargne sur bois, et Michèle Joffrion, nouvelle invitée “estampière” du présent vernissage.

Au rez-de-chaussée, dans la débauche de couleurs des œuvres présentes, toiles peintes, sculptures, et bijoux, la manière noire imposait sa facture originale, tout aussi sensuelle et chargée d’émotion, mais plus austère. Une plénitude que l’on pu vivre ensuite, lorsque l’artiste présenta au public le cuivre bercé et travaillé de sa dernière création, “Comme des gouttes de rosée”, l’état final avant le prochain aciérage et l’impression. La passion à l’état pur, assortie d’une maîtrise rare de la “manière” au service de l’imaginaire et de la profondeur de pensée. Avec les outils simples que l’on connaît, de la mine de plomb du dessin au grainage de la planche avec des berceaux de numéros différents, qui, avant le grattoir et les brunissoirs, vont préparer l’expression. La chance était aussi que le public, sensible forcément à l’art et venu pour cela, était très divers et curieux, méconnaissant les véritables arcanes de la gravure. L’artiste, brillante avocate du mezzotinto, jugera plus tard l’ambiance “effervescente”. Et de partager avec persuasion son savoir-faire, son état d’être en communion avec la matière, dans une sorte d’évocation à la fois technique et émotive, qui fit naître de longs dialogues animés, avec les uns et les autres. La gravure, pour certains découverte, pour d’autres transfigurée. Aux côtés de Michèle Joffrion, Rem et ses apartés sur toutes les techniques de l’estampe, apporta d’autres éclairages, dont son expérience du burin ou de la pointe… Une jolie presse miniature, mais fonctionnelle, permettait d’aborder la phase, délicate en manière noire, de l’impression… Seul point “noir” pour l’observateur que j’étais, la difficulté d’approche vu l’auditoire, et donc de photographier à l’aise. Mais avec la satisfaction d’une présentation qui a été, à l’évidence, un grand moment de partage et d’échanges, porteuse d’un vif intérêt. Nombre des visiteurs auront désormais un autre regard sur cet art.

À l’étage, dans un espace réservé auquel un escalier pentu donne accès, des estampes nées de planches à base de bois contrecollé, gravées à la gouge, expriment l’univers pictural de Françoise Gode. Une expression allant de la représentation en nudité de la femme, surtout, ou du couple, d’éléments de faune ou de flore, à des visions teintées de symbolisme, voire de surréalisme. Une gravure singulière, d’encrage bicolore, effectué sur la planche avec des rouleaux de tailles différentes, où les fonds semblent griffés de traits blancs donnant ainsi relief au motif principal. Avec en plus une impression manuelle, de type à la cuiller, qui donne un aspect plus vibrant à l’image… Un autre aspect de la gravure, qui enrichit avec bonheur le choix graphique des galeristes.

Gérard Robin